L’abordabilité des terres agricoles canadiennes tend à se détériorer

La valeur moyenne des terres agricoles canadiennes a poursuivi sa progression constante en 2024, en hausse de 9,3 %. Il s’agit d’une hausse légèrement inférieure à celle de 11,5 % enregistrée l’année dernière. Cette croissance a été stimulée par la disponibilité limitée des terres agricoles à vendre, jumelée à une demande résiliente (malgré une baisse de 11,8 % des recettes monétaires agricoles des principales cultures). La légère baisse des taux d’intérêt a également contribué à soutenir la demande.
Cette publication présente une mise à jour de notre indice d’abordabilité des terres agricoles publié initialement l’année dernière, qui porte sur les terres nouvellement acquises. L’abordabilité des nouvelles terres agricoles achetées a continué de se détériorer en 2024. Nous examinons chaque province individuellement, en tenant compte de facteurs comme les conditions de culture particulières, le prix des terres, les cultures et les élevages pratiqués, ainsi que la proximité des centres urbains, éléments qui influencent les variations de valeur des terres agricoles. En outre, nous évaluons les paiements annuels versés pour les terres agricoles détenues au fil du temps par rapport à la capacité de celles-ci à générer des revenus.
Mesurer l’abordabilité des terres agricoles
Pour de nombreuses entreprises agricoles, les terres agricoles constituent un actif essentiel. Les tendances des prix des terres agricoles peuvent avoir une incidence décisive sur le rendement financier et la croissance des entreprises au fil du temps. L’indice d’abordabilité des terres agricoles de FAC fournit de l’information sur le prix des terres agricoles au Canada, ce qui aide les entreprises agricoles à prendre des décisions éclairées concernant leurs actifs et leurs investissements.
L’indice représente la relation entre les paiements annuels pour les terres agricoles nouvellement achetées et les revenus potentiels provenant de ces terres. Un ratio plus élevé indique une détérioration de l’abordabilité des terres agricoles, puisqu’une plus grande part des revenus est nécessaire pour assurer le service de la dette. Vous pouvez lire le billet de blogue de l’année dernière pour obtenir de plus amples renseignements sur les calculs.
L’indice de l’abordabilité des terres agricoles nouvellement achetées au Canada s’est détérioré l’année dernière
L’abordabilité des terres agricoles au Canada a continué de se dégrader en 2024, dégringolant à des niveaux jamais vus depuis 1983 (figure 1). L’indice est principalement influencé par la Saskatchewan et les Prairies en raison de leur vaste superficie. La détérioration de l’abordabilité est attribuable à la baisse des recettes monétaires agricoles et à la hausse de la valeur des terres agricoles. Depuis 2020, la valeur des terres agricoles et les taux d’intérêt ont augmenté plus rapidement que les revenus agricoles. Bien que les agriculteurs établis aient accru leur valeur nette, le coût des terres agricoles a augmenté par rapport à leur potentiel de revenu.
Figure 1 : L’abordabilité des terres agricoles nouvellement achetées au Canada s’est encore détériorée en 2024

Sources : Statistique Canada, calculs effectués par FAC
Toutes les provinces de l’Ouest canadien restent nettement en dessous des niveaux records établis dans les années 1980. La Saskatchewan a connu la plus grande détérioration en raison de l’augmentation de la valeur des terres agricoles et de la baisse des recettes monétaires agricoles, l’indice se situant à son niveau le plus élevé depuis 1990 (figure 2). L’Alberta et le Manitoba ont connu des tendances similaires en 2024, la valeur des terres agricoles ayant augmenté et les recettes monétaires agricoles ayant diminué, ce qui a marqué le niveau le plus élevé atteint par le Manitoba depuis 1983 et par l’Alberta depuis 2018. En Colombie-Britannique, malgré une augmentation des recettes monétaires agricoles, l’indice a augmenté de nouveau (c.-à-d. une détérioration de l’abordabilité) en raison de la hausse de la valeur des terres agricoles.
Figure 2 : L’abordabilité des terres agricoles nouvellement acquises dans l’Ouest canadien s’est détériorée en 2024, mais demeure considérablement inférieure aux sommets historiques

Sources : Statistique Canada, calculs effectués par FAC
En 2024, l’abordabilité des terres agricoles a été la plus faible jamais enregistrée en Ontario et au Québec. Les recettes monétaires agricoles dans les deux provinces ont été inférieures à celles de l’année précédente, accompagnées d’une augmentation de la valeur des terres agricoles (figure 3). Dans le Canada atlantique, les augmentations ont été relativement faibles malgré une détérioration de l’abordabilité dans cette région au cours des cinq dernières années et la hausse reste nettement inférieure aux niveaux observés il y a 30 ans.
Figure 3 : L’abordabilité des terres agricoles nouvellement achetées s’est de nouveau détériorée en Ontario et au Québec

Sources : Statistique Canada, calculs effectués par FAC
Le caractère inabordable des terres nouvellement achetées touche tous les producteurs souhaitant acquérir des terres et pose des défis importants à ceux qui cherchent à agrandir leur superficie, y compris les jeunes producteurs, les peuples autochtones et les nouveaux venus dans le secteur. Cependant, peu de terres sont vendues annuellement, la majorité demeurant entre les mêmes mains pendant de longues périodes, souvent pour plusieurs générations. Il est possible d’évaluer le rendement de ces producteurs au fil du temps en examinant le rapport entre les recettes agricoles et les paiements de terres réels.
Dans quelle mesure les propriétaires fonciers actuels parviennent-ils à générer des revenus en tenant compte du coût des terres?
Selon le bilan du secteur agricole établi par Statistique Canada, les agriculteurs canadiens détiennent collectivement environ 85 % de la valeur nette de leur exploitation. Puisque la composante principale est l’immobilier agricole, nous présumons que la valeur nette des terres agricoles se situe à ce niveau, ce qui indique que les paiements hypothécaires ne portent que sur 15 % de la valeur des biens immobiliers agricoles. Les niveaux de valeur nette détenue varient d’environ 70 % dans les provinces de l’Atlantique à près de 90 % en Saskatchewan.
Nous pouvons évaluer l’abordabilité des terres agricoles en fonction de la formule utilisée par le ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan pour le coût des investissements fonciers. Dans le cas du Canada, on applique 85 % de la valeur nette foncière à un coût de renonciation de 1,5 %, les 15 % restants étant affectés au capital et aux intérêts de l’hypothèque sur 25 ans. En 2024, le paiement moyen pour les terres nouvellement achetées au Canada était de 309 dollars l’acre, tandis que le paiement pour les terres possédées était de 115 dollars l’acre selon cette méthode. Nous appliquons cette valeur au total des acres ensemencés, en pourcentage des recettes monétaires agricoles, pour créer un ratio comme l’illustre la figure 4.
Le rendement des terres agricoles détenues varie à l’échelle du pays
Le paiement des terres agricoles détenues, exprimé en pourcentage des revenus au Canada, a atteint le point culminant de son histoire en 2024. L’an dernier, le paiement moyen pour les terres représentait 11 % des recettes monétaires agricoles, soit essentiellement 0,11 $ en paiements fonciers pour chaque dollar de revenu généré. Depuis le début des années 1990, le paiement annuel moyen augmente lentement par rapport à la croissance des recettes monétaires agricoles. La dernière baisse du ratio remonte à 2021, lorsque les taux hypothécaires sont tombés à un niveau légèrement supérieur à 3 %.
Figure 4 : Le paiement pour les terres agricoles détenues, en pourcentage des revenus au Canada, est à son pire niveau jamais enregistré

Sources : Statistique Canada, calculs effectués par FAC
À l’échelle provinciale, on peut voir comment chaque région se compare selon les recettes monétaires agricoles générées par rapport aux paiements moyens pour les terres. La Colombie-Britannique affiche les prix fonciers les plus élevés dans l’Ouest, mais les paiements fonciers s’y chiffrent à 0,06 $ par dollar de recettes agricoles, ce qui témoigne d’un bon rendement. Au cours des dernières années, les trois provinces des Prairies ont vu leurs paiements fonciers augmenter, en pourcentage des revenus, ce qui indique qu’en moyenne, la croissance de la valeur des terres agricoles est supérieure à celle des revenus.
Figure 5 : Le paiement des terres agricoles en Colombie-Britannique est relativement faible par rapport aux revenus générés

Sources : Statistique Canada, calculs effectués par FAC
Tout comme dans le cas des terres agricoles récemment acquises, l’Ontario et le Québec présentent une tendance à la baisse de l’abordabilité des terres agricoles déjà détenues. L’Ontario est la région du pays qui a le plus de difficulté à générer des revenus par rapport au coût annuel de la propriété foncière; pour chaque dollar de revenu, 0,17 $ est consacré aux paiements pour les terres agricoles. Bien que le Québec se situe sous la moyenne canadienne, les paiements moyens pour les terres agricoles augmentent rapidement depuis 2012. L’abordabilité dans la région de l’Atlantique s’est détériorée cette année, mais est restée relativement stable par rapport aux autres régions.
Figure 6 : Les paiements pour les terres agricoles en Ontario continuent d’augmenter par rapport au potentiel de revenus

Sources : Statistique Canada, calculs effectués par FAC
Même si la part des revenus consacrée aux paiements pour les terres a augmenté, la majorité des producteurs ont été en mesure de dégager un flux de trésorerie suffisant pour s’acquitter de leurs obligations de paiement annuel.
En conclusion
Les marges agricoles nettes au Canada pour 2024 sont restées fortes, contribuant à l’augmentation de la valeur des terres agricoles et posant des problèmes d’abordabilité pour l’achat de terres supplémentaires. Les marges nettes devraient se resserrer en 2025 par suite d’une deuxième année consécutive de baisse des recettes dans le secteur des céréales et des oléagineux. Si les coûts élevés et les perturbations commerciales se maintiennent, cela pourrait se traduire par une diminution des revenus et une augmentation des dépenses. Une telle situation pourrait inciter les exploitations agricoles à faire preuve de prudence dans l’achat de terres agricoles en 2025.

Économiste principal
Justin Shepherd est économiste principal à FAC. Lorsqu’il s’est joint à l’équipe en 2021, il se spécialisait dans la surveillance de la production agricole et l’analyse des tendances de l’offre et de la demande à l’échelle mondiale. En plus de faire des présentations sur l’agriculture et l’économie, Justin participe régulièrement au blogue des Services économiques de FAC.
Il a grandi dans une ferme mixte en Saskatchewan et il est toujours actif au sein de l’exploitation agricole familiale. Justin est titulaire d’une maîtrise en économie appliquée et gestion de l’Université Cornell, ainsi que d’un baccalauréat en agroentreprise de l’Université de la Saskatchewan.