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Perspectives inégales pour les fournisseurs d’intrants pour l’alimentation animale

15 août 2023
7 min de lecture

L’équipe des Services économiques FAC vous aide à comprendre les enjeux et les principales tendances économiques susceptibles d’avoir une incidence sur votre agroentreprise en 2023.

Le marché canadien des aliments industriels (par exemple, les rations sous forme de granulés pour les bovins, les bovins laitiers, les porcs et la volaille) a crû de plus de 20 % en 2022 et a enregistré des ventes records de 11,5 milliards de dollars. La plus grande partie de cette croissance est attribuable aux hausses des prix des céréales fourragères qui découlent de la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Le secteur de l’élevage est confronté depuis plusieurs années à des stocks restreints d’aliments pour animaux et aux prix élevés des céréales fourragères. Les coûts élevés de l’alimentation pèsent sur la rentabilité de l’ensemble du secteur canadien de l’élevage, y compris les provenderies, la volatilité des prix des produits agricoles ayant eu des effets négatifs sur leurs marges.

Nous prévoyons que le marché canadien des aliments pour animaux commerciaux croîtra de 6,6 % en 2023 pour se chiffrer à 12,3 milliards de dollars grâce aux recettes vigoureuses tirées de l’élevage et aux prix des céréales fourragères qui demeurent particulièrement élevés. Le marché des aliments industriels de l’Est du pays devrait afficher la croissance la plus forte, soit 9 % en 2023, pour se chiffrer à 6,1 milliards de dollars. Cette croissance est attribuable à l’important secteur laitier et au secteur avicole en expansion dans l’Est du Canada. Dans l’Ouest, nous prévoyons que les ventes d’aliments pour animaux croîtront de 4,0 % pour atteindre 5,7 milliards de dollars, ce qui est en grande partie attribuable aux conditions de sécheresse et à la nécessité d’acheter des aliments pour animaux. Au Canada atlantique, nous prévoyons que les ventes d’aliments pour animaux progresseront de 7,6 %, mais les inondations récentes en Nouvelle-Écosse pourraient modifier cette projection.

Figure 1 : Les ventes du marché canadien des aliments pour animaux commerciaux

Figure illustrant les ventes d’aliments pour animaux commerciaux au Canada entre 2018 et 2023, y compris les prévisions des Services économiques FAC pour 2023

Sources : Statistique Canada et calculs effectués par FAC

Les conditions de sécheresse font à nouveau grimper les coûts de l’alimentation pour animaux

Les prix des céréales fourragères ont été en baisse pendant la première moitié de 2023. Toutefois, les conditions de sécheresse en Amérique du Nord font à nouveau grimper les prix des aliments pour animaux. La sécheresse se traduit par une dégradation des pâturages et une diminution des récoltes de foin. Les agences provinciales d’assurance-récolte dans l’Ouest canadien ont pris des mesures rapides pour permettre aux producteurs d’affecter leurs récoltes endommagées à d’autres utilisations (comme le pâturage ou la mise en balles), ce qui atténue quelque peu la pression exercée sur le secteur de l’élevage frappé par la sécheresse. Les importations de maïs sont aussi en hausse alors que le secteur de l’engraissement se prépare à un resserrement de l’approvisionnement en aliments pour animaux à l’approche de la campagne automnale de vente de veaux et de la période d’engraissement de l’hiver 2024. Certains éleveurs-naisseurs et exploitants de parcs d’engraissement collaborent avec leurs provenderies locales pour formuler des rations contenant des criblures enrichies de suppléments afin d’assurer l’alimentation de leurs troupeaux et de compenser le mauvais état des pâturages.

La campagne automnale de vente de veaux est déjà amorcée dans les régions qui subissent des conditions de sécheresse extrême obligeant les éleveurs à devancer le sevrage des veaux ou la mise à la réforme des bovins. Un nombre croissant de vaches et de génisses s’en vont à l’abattoir. Une contraction persistante du troupeau de bovins nord-américain était prévisible comme l’illustrent nos principaux graphiques à surveiller en 2023, mais nous nous attendons maintenant à une contraction encore plus prononcée. Le plus important pour les exploitations touchées sera de surmonter les conditions de sécheresse. La bonne nouvelle, s’il y en a une dans un contexte de sécheresse, c’est que les ventes s’effectuent à des prix élevés, ce qui assure aux exploitations des flux de trésorerie suffisants pour reconstituer leurs troupeaux lorsque l’état des pâturages s’améliorera. Toutefois, la reconstitution des troupeaux de bovins après la sécheresse et la mise à la réforme prendra plusieurs années. À terme, l’impact de la sécheresse sur la taille du troupeau se répercutera sur les ventes des provenderies en 2024 et au cours des années suivantes. Nous sommes actuellement dans un marché assujetti aux conditions météorologiques, où les prix des aliments pour animaux sont volatils – un marché qui pourrait maintenant prendre n’importe quelle direction selon les conditions météorologiques et leurs répercussions finales sur la production nord-américaine globale.

Contraction attendue du secteur porcin nord-américain

En plus des coûts élevés de l’alimentation, des problèmes de rentabilité dans le secteur porcin ont des répercussions sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Le secteur porcin nord-américain traverse actuellement un cycle économique baissier. La taille du troupeau de porcs devrait diminuer étant donné le déclin du nombre de truies en gestation et de mises bas à l’échelle de l’Amérique du Nord. Une diminution de la taille du troupeau de porcs signifie une réduction de la demande d’aliments pour animaux à court terme et exercera de la pression sur le marché des aliments pour animaux commerciaux en raison du nombre réduit de mises bas et de porcs engraissés au Canada. On s’attend à ce que la production porcine diminue à mesure que le secteur nord-américain s’adaptera à la baisse de la demande de porc. La contraction actuelle du secteur porcin sera sans doute temporaire et cédera la place à une reprise de l’expansion. Le cycle de contraction et d’expansion de la production porcine est beaucoup plus court que celui du bœuf; il a une durée d’environ quatre ans [en anglais seulement].

Les difficultés rencontrées dans les secteurs bovin et porcin auront des conséquences considérables sur la production de viande rouge en Amérique du Nord et sur les fournisseurs d’intrants du secteur de l’agroentreprise.

L’expansion du secteur avicole présente des débouchés grandissants

Les Canadiens sont friands de poulet et d’œufs. La consommation par habitant de poulet et d’œufs a augmenté dans des proportions respectives de 16 % et de 32 % depuis 2010 (Figure 2). La population du Canada a récemment atteint 40 millions de personnes et elle croît actuellement à un rythme record. La démographie a un impact direct sur le secteur de l’approvisionnement en aliments pour animaux, en particulier dans l’Est du pays, où se concentrent les secteurs soumis à la gestion de l’offre (comme l’élevage de volailles et la production laitière). En plus de compter près de la moitié de la population canadienne, l’Est du Canada voit ses niveaux d’immigration augmenter, ce qui est une bonne nouvelle pour l’industrie avicole canadienne (et, dans une moindre mesure, pour l’ensemble du secteur de l’élevage de bétail) et, par conséquent, pour le secteur des aliments pour animaux commerciaux.

Figure 2 : Consommation par habitant de protéines de viande sélectionnées au Canada

Figure illustrant la consommation de protéines de viande par habitant au Canada entre 2010 et 2022.

Source : AAC

L’essor de la trituration des graines oléagineuses perturbe les rations alimentaires

Le secteur canadien de la trituration du canola est en plein essor en raison de l’augmentation des mandats de réduction des émissions (par exemple, le Règlement sur les combustibles propres) qui stimulent la demande de biocarburants. Le secteur de la trituration devrait ajouter environ 4,5 millions de tonnes de capacité de trituration supplémentaire d’ici la fin de 2024, et plus de 2 millions de tonnes supplémentaires dans les années suivantes. Cela représente plus de 3,5 millions de tonnes supplémentaires de tourteau de canola produit, qui sera exporté ou utilisé au Canada. Le scénario le plus probable est une utilisation accrue dans les formulations d’aliments pour animaux et les additifs destinés à l’alimentation animale. À long terme, la façon dont on nourrit le bétail en Amérique du Nord continuera d’évoluer à mesure que le secteur de la trituration du soya et du canola, en pleine expansion, perturbera l’industrie. La structure même de l’alimentation animale sera modifiée, en particulier si un excédent de tourteau devient accessible et moins cher pour le secteur de l’élevage.

En conclusion

Les difficultés rencontrées dans les secteurs bovin et porcin auront des conséquences considérables sur la production de viande rouge en Amérique du Nord et sur les fournisseurs d’intrants du secteur de l’agroentreprise. La rentabilité des provenderies devrait être volatile à court terme, mais l’avenir s’annonce prometteur à long terme grâce à des sources supplémentaires d’aliments pour animaux, y compris le tourteau de canola et les criblures de canola, ainsi qu’aux possibilités d’intégrer le tourteau de soya dans les rations alimentaires pour animaux. Enfin, la population canadienne grandissante continuera d’exiger de la viande produite au Canada.

x.com/AndersonLeigh3
Leigh Anderson

Économiste principal

Fort de son expérience dans les marchés agricoles et la gestion du risque, Leigh Anderson est économiste principal à FAC. Il est spécialisé dans la surveillance et l’examen du portefeuille de FAC et de la santé de l’industrie, et il livre des analyses sur les risques liés à l’industrie. En plus de faire des présentations sur l’agriculture et l’économie, Leigh participe régulièrement au blogue des Services économiques de FAC.

Leigh est entré en fonction à FAC en 2015 au sein de l’équipe des Services économiques. Il œuvrait auparavant auprès de la Direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan. Il est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.